La Guinée-Bissau est un pays d'Afrique occidentale, situé au sud du Sénégal, avec qui il partage une frontière en commun. La superficie de cet état est de 36 000 km ² en comptant l'archipel des îles Bijagos , ce qui en fait un état petit à l'échelle de l'Afrique. La Guinée Bissau équivaut à un peu plus que deux fois la superficie d'un état comme la Suisse , et est à peu près égal à la Belgique.
La Guinée-Bissau s'inscrit dans l'ensemble géographique des « pays des rivières du sud » (Sénégal, Gambie, Guinée Conakry, Sierra Léone) qui se caractérise par une forte densité due à des conditions géographiques et climatiques favorisant l'omniprésence de l'eau. En 2004, la Guinée-Bissau a recensé 1 388 363 habitants dont la répartition sur l'ensemble du territoire a été évaluée à 35,71 hab. / km ².
Cette situation géographique avantageuse est illustré par le foisonnement de peuples qui compose la nation guinéenne : Balantes (25 % de la population), Fulés (16,3 %), Peuls, Mandingues (10,8 %), Papels (8,8 %) et Manjaku (11,3 %) sont les groupes les plus importants. Ce sont ces mêmes peuples que l'on retrouve disséminés en de multiples diasporas sur l'ensemble géographique comprenant le Sénégal, le Mali, la Gambie et la Guinée Conakry , ensemble autrefois partie intégrante du vaste empire du Mali (14 e siècle) dit aussi empire Mandingue. La Guinée- Bissau contemporaine appartenait à la confédération du Kaabu , vassale de l'empire du Mali mais qui va prendre un essor menaçant sous la poussée des guerriers Nianthos . Au début du16e s. la sécession est effective, le Kaabu devient un empire à part entière qui s'étend de la Gambie à la Guinée Bissau en recouvrant la Moyenne et la Haute Casamance.
La répartition des peuples est loin d'être homogène dans cette aire, on recense par exemple près d'un million de Mandingues répartis entre le Sénégal, le Mali, la Gambie , la Guinée Conakry et la Guinée Bissau mais seulement 120 000 vivent sur le territoire de la Guinée Bissau.
Hormis les grands groupes précédemment cités, la population de Guinée Bissau se singularise par l'existence de petits groupes minoritaires comme les Beafadas , les Bagnounes , les Nalus , les Bayotes , les Cassangas , les Diolas, les Mankagnes ou encore les Bijagós .
Officiellement 65 % des Guinéens pratiquent des religions traditionnelles, 30% sont musulmans, et seulement 5% sont chrétiens, dont beaucoup de Manjacks .
La frontière entre le christianisme et les religions traditionnelles est mince car même si beaucoup de Manjacks par exemple, se déclarent catholiques, les pratiques religieuses traditionnelles ont pérennisées. Ces dernières associées au christianisme, forment une sorte de syncrétisme dont la pratique varie d'un individu à l'autre. La politique coloniale portugaise d'imposer la foi catholique à ses administrés afin de mieux les contrôler fut donc un échec. Le territoire de Guinée-Bissau ne fut réellement contrôlé par les Portugais qu'en 1915, après justement les grandes campagnes d'évangélisation du 19 e siècle.
Kalëkis (ou Calequisse en français) est un village de la région de Cacheu situé au nord de la Guinée Bissau. Située entre le fleuve Rio Cacheu et ses affluents et le Rio Mansôa , Kalëkis est la préfecture du « secteur » bataam car elle regroupe la plupart des infrastructures administratives et de santé. L'étymologie de Kalëkis vient de l'expression de « Ka lë é tcher » (nouer les cordes) car l'une des principales activité des hommes de cette région était de confectionner des liens pour les bovins. En Afrique l'exploitation des sols se fait souvent sur un terroir très étendu et les habitations sont disséminées sur cet ensemble, Calequisse en fourni un exemple typique.
Le village aux habitations éloignés les unes des autres est néanmoins cohérent, car il existe des institutions traditionnelles permettant à la communauté d'être solidaire comme la division du village en neuf « quartiers », dont chacun possède à sa tête un chef, égaux entre eux mais qui sont soumis à celui qui représente la plus haute instance, celui de Ka nak nul .
La solidarité et la forte identité de la communauté de Kalëkis s'illustrent aussi dans des célébrations réunissant les villageois. Il existe deux événements importants fêtés en été avec un intervalle de 8 jours, Ka kaw ka nak lum , et Ka kaw kadïtj . Ce sont toutes les deux des cérémonies culturelles et religieuses concernant l'ensemble du village, célébrant la coupe des chaumes. La première, Ka Kaw ka nak lum est surtout le fait des dignitaires, chefs de rân , chefs de lignage qui rendent un culte aux ancêtres venus les visiter pour l'occasion, tandis que la deuxième Ka kaw kaditj concerne l'ensemble de la communauté, conviée toute entière.
La très forte relation des hommes de Kalëkis avec la terre qu'ils cultivent, l'autonomie de la communauté, la survivance d'institutions traditionnelles, la force de l'identité manjaku qui possède sa propre religion, peut nous permettre de définir Kalëkis comme un « pays » en géographie française. Cette complexité n'échappe pas aux Manjacks qui sont conscients d'appartenir à différent tchaak (-pays- chacun se caractérisant par une évolution spécifique de la langue et des cultes) mais sont tout autant conscients d'appartenir à une communauté plus vaste, avec une souche commune, un même genre de vie, une même langue et les mêmes croyances.
La religion traditionnelle manjack est un fort marqueur identitaire, avec des rites et des célébrations propres à notre communauté que même la longue période de colonisation portugaise (de 1446 -avec la découverte de la région qui allait devenir la Guinée Bissau par Nino Tristaõ , négrier portugais à 1973- à 1974 -date d'acquisition de l'indépendance-) n'a pu éliminer.
Qui sont les Manjacks ?
La langue manjack.
L'identité c'est d'abord la langue qu'on parle. Issue d'une tradition orale, la langue manjack , le manjaku ne s'écrit que depuis avril 2002.
La langue manjack , est classée dans le groupe des langues ouest atlantiques qu'on appelle aussi sénégalo- guinéennes, groupe qui compte près d'une vingtaine de langues.
Le manjaku possède plusieurs variantes dialectales, dont deux qui sont très controversées: le mankañ et le papel . Ces deux dialectes présentent de fortes similitudes linguistiques avec les langues apparentées du groupe manjaku . Mais les Mankañs et les Papels se considèrent comme des ethnies distinctes du groupe manjaku . Ils revendiquent leur propre identité, leur culture et leur langue : les Mankañs ont codifié leur langue en mars 2001 et ne l'ont pas reconnue comme étant un dialecte manjaku . Cette distinction n'est pas vraiment légitime, si l'on se base sur les règles linguistiques, mais c'est une revendication identitaire des Mankañs.
Cela explique pourquoi aujourd'hui sur la liste des langues et dialectes manjakus , les dialectes mankañ et le papel ne s'y trouvent pas bien qu'ils y soient assimilés.
Le peuple manjaku se distingue par deux grandes catégories dialectales : baruët et bataam puis quelques autres en électrons libres que l'on peut regrouper.
-Le groupe baruët est constitué des villages de Kañuab , Taam , Bëguëjan , Kajukit , Kanjenta ainsi qu'un ensemble de 22 villages appelés communément babok : Kacuabar , Karoonkan , Ukuñ , Babandan , Bukuul , Utia koor , Lonpat , Pandin , Bukukut , Bara, Bëlëkës , Bëñac , Bëjuapi , Kapual , Bënic , Pëtaab Pëcëma , Pëpal , Cuëlam , Kabiënk , Kanuaw , Bëyaca .
-Le groupe bataam est constitué de Kalëkës , Timat , Boo , Baramb , Basiarar , Bajob , Bayipar , Katij , Bëtënta , Buati , Uko , Pëgurgur , Kayupa , Kataacat , Kacalam . Ce groupe est localisé dans la brousse à quelques kilomètres de Kanchungo .
-Enfin, le dernier groupe est constitué de Cuur , Pëluund , Bëyanga , Bëyangazinho , Bëciban , Bëkanal , Pëcif , Bëjuap , Pësiis , Teer , Kayu , Kabuy , Jual , Pëtufa? , ukanal , kapua , Bëkukur . (Ces informations ont été recueillies sur le site www.kandeer-manjaku.com. Si vous voulez plus de renseignement sur notre peuple et notre culturel, visitez ce site).
Le peuple manjack.
ORIGINE DU NOM :
Pour définir une ethnie les linguistes doivent d'abord définir un ethnonyme, trouver le nom par le lequel se désigne le peuple en question. Ce nom là est le moins connu parce que trop lourd de sens et le peuple hésite à le révéler, ou trop ontologique comme pour les Doayo du Nord Cameroun qui se nomment eux-mêmes « fils de l'homme ». Parfois ce nom là n'existe pas et les linguistes doivent alors noter la langue par sa façon d'exprimer « je te dis », man ja ku signifie, en effet « je te dis ».
L'hypothèse de l'existence d'un nom par lequel les Manjacks se seraient désignés eux- mêmes est tout à fait plausible si l'on constate le fait que les Manjacks ont toujours été réticents à révéler leurs patronymes. Ils n'auraient donc pas sciemment transmis ce nom aux étrangers, pour des motifs culturels. En fait, il existe « belëtër » qui serait le nom par lequel tous manjacks devrait se reconnaître. Les kalëkis se faisaient appelés du temps des portugais les siffleurs, un codage pour communiquer entre eux.
Le nom porté ne concerne pas seulement l'individu, il peut révéler une partie de l'histoire familiale. Le révéler équivaut à une mise à nu de l'individu et par les informations qu'il peut transmettre, atteindre la famille. On peut donc penser qu'il existait un nom du « dehors » pour les étrangers et un nom du « dedans ».
L' EPISODE PORTUGAIS.
Le peuple manjack a très tôt expérimenté le contact avec la civilisation européenne. Cette rencontre se fait au détriment des premiers : c'est l'ouverture d'une longue période de colonisation.
Bien que la justification de la présence des Portugais en Guinée ait été en premier lieu insufflée par le prosélytisme catholique, bien que cette mission évangélisatrice ait été rendue officielle dès 1494 par le traité de Tordesillas (qui partageait le monde entre l'Espagne et le Portugal) ce n'est qu'au 19 e siècle qu'elle ne commença réellement. Les priorités matérielles avaient substitués celles spirituelles. La présence portugaise n'était mue que par des raisons strictement économiques. Un premier comptoir a été créé à Bissau en 1692 assurant la liaison continentale entre les deux parts de l'empire lusitanien entre Afrique et Amériques, l'un fournissant les esclaves, l'autre le sucre. Le portugais, la langue du colon, devint la langue officielle.
L'institution d'écoles dans les villages au cours du 20 e s. tint à favoriser la diffusion de la langue lusophone. Par ailleurs les Manjacks durent abandonner leurs noms pour des patronymes portugais que beaucoup portent toujours, tels que Gomes, Gomis , Mendy , Mendes , Correa , Dacosta , Pereira, Dasylva , Ferreira etc. Les noms à consonance portugaise ont été choisi librement par les Manjacks parce que les portugais et leur odieux système de colonisation ont choisi la formule de l'indigénat, c' est-à dire que les « indigènes », n'étaient pas considérés comme des citoyens, mais de simples sujets pour qui le travail était un devoir chrétien et moral. Ce n'était rien de plus que de l'esclavage mais en plus soft dans le sens que les indigènes ne prenaient pas la mer. Ce système fonctionnait aussi avec des catégories intermédiaires, comme les métis et les assimilés, qui pouvaient être noir 100%, mais qui avaient bénéficié d'éducation, savaient lire et parler portugais correctement, étaient capable de porter des costumes occidentaux et étaient chrétiens. Ceux là avaient des fonctions de subalternes, étaient moins mal traités par les portugais et portaient évidemment un nom portugais. Ils étaient assimilés. Avoir un nom portugais être assimilé conférait une certaine respectabilité. C'était un système de type apartheid, il valait mieux se couler dans le moule des puissants. C'est aussi par complexe d'infériorité, du à la colonisation que les noms portugais sont devenus une norme.
Il y a ensuite ceux qui ont changé de nom pour venir en France et qui dès qu'il se présentaient à l'administration pour faire des papiers donnaient le même nom de famille que celui d'un cousin, d'un copain afin de faire perdurer le lien familial ou amical en inscrivant cette solidarité sur le papier. Il n'y avait pas d'état civil comme en France. Nos parents, nos grands-parents ont choisi leurs noms adultes, souvent avant d'émigrer. Il y a bien des chances qu'il y ait plus de Gomis Mendy au Sénégal, en France, en Allemagne ou en Suisse qu'en Guinée.
M algré cela, beaucoup de Manjacks possèdent encore un nom d'origine qui ne figure pas dans les papiers administratifs. Certains Manjacks y substituent désormais leur vrai nom au patronyme portugais emprunté.
UN PEUPLE DE MIGRANTS :
A la fin du 19 siècle, des membres commencèrent à émigrer vers le Sénégal attiré par le travail et fuyant la brutalité de la colonisation portugaise. Les Manjacks ont appelé les wolofs « Bajakin » ce qui signifie « dis moi ». C'est le premier peuple qu'ils rencontrèrent avec les Lébous en quittant leur territoire . Le terme ba jakin , " dis mo i " fait écho à man ja ku , "je te dis" . De ce contact le manjaku s'enrichit de nouveaux vocables wolofs.
La situation géographique de Guinée-Bissau, son ouverture sur l'océan Atlantique, ses nombreux fleuves, font des Manjacks un peuple habitué aux déplacements par voies fluviales et marines. Un atout intéressant pour travailler au Sénégal en tant que matelots. D'autres opportunités furent néanmoins possibles dans les centres urbains sénégalais comme porteurs dans les marchés ou tisserands.
Cette première phase d'émigration, transfrontalière n'était qu'une étape à une autre transcontinentale.
Le Sénégal étant une colonie française, les Manjacks ont appris le français. C'est de cette première phase d'émigration que le vocabulaire mankaku s'est enrichi de mots français. Le travail de matelot offrait l'opportunité de pouvoir travailler en France. Les premiers émigrants manjacks en France ont été recensés dès les années 1940.
Certains même s'illustrèrent pour des faits de résistance contre l'occupant nazi.
Dans le contexte français des Trente Glorieuses, l'émigration se fit plus massive, car les besoins en main d'œuvre se firent très important en France notamment. Les politiques français ont recrutés dans leurs anciennes colonies le bataillon d'ouvriers spécialisés pour l'industrie automobile en plein essor mais dont la main d'œuvre était déficitaire. Ce fut un mouvement de grande ampleur, qui ne fut pas seulement perceptible en France mais qui a concerné tous les pays en grand essor industriel après la 2 nde Guerre Mondiale. Les émigrants manjacks ont privilégié les pays d'accueil francophones, car beaucoup d'entre eux vivaient ou avaient vécu au Sénégal, avant d'être recruté pour travailler en France. Le français était donc maîtrisé pour certains d'entre eux ou du moins semblait familier à ceux qui défaut de le parler le comprenait.
Il y a en Europe des communautés manjacks dans beaucoup de pays : France, Allemagne, Suisse, Belgique… La transformation des genres de vie n'a pas altéré le puissant sentiment d'appartenance à la même communauté des Manjacks . Ils sont conscients d'appartenir à une même communauté s'égrainant entre la Guinée Bissau et le Sénégal, et bien que les migrations soient passées de l'échelle transfrontalière à l'échelle transcontinentale, le sentiment reste le même. Les Manjacks forment des diasporas très soucieuses de ce qui se passe dans le pays d'origine.
L'association Calequisse.
L'association Calequisse est née en 1982 dans le but de contribuer au développement de notre pays d'origine et plus particulièrement de la région Calequisse .
Elle a aussi pour mission d'aider les jeunes Manjacks nés en France, disséminer sur tout le territoire en de multiples diasporas à s'intéresser à leur identité commune.
Donc notre association promouvoit la culture manjack et développe des actions de développement au pays.
Il existait auparavant trois associations Calequisse à Rouen (76) , Saint-André de l'Eure (27) et Mantes-La-Jolie-Les Mureaux (78), toutes indépendantes les unes des autres. Aujourd'hui, elles sont toutes regroupées dans la même association dont le siège est à Mantes et garde ses antennes de travail dans les autres villes. Le siège a d'ailleurs développé une section jeune qui a contribué à l'uniformisation des statuts ici comme en Guinée (association du même nom) afin de pouvoir bénéficier des aides du gouvernement guinéen et la possibilité de travailler en coordination avec l'association Calequisse du pays.